🎙 Interview d’Estelle Landry

Estelle Landry est actuellement Product Manager chez Tutteo, et travaille sur l'outil Flat.io une application collaborative d’édition de partitions musicales, comparable à un Google Docs dédié à la musique.
Elle travaille plus particulièrement sur Flat for Education, la déclinaison pédagogique de l’outil, destinée à l’apprentissage musical des enfants.
❓Est-ce utilisé en conservatoire ou plutôt à la maison ?
Notre cœur de cible, ce sont les enseignants, du primaire jusqu’au lycée.
L’outil peut aussi être utilisé en conservatoire. Les élèves peuvent travailler à la maison, envoyer des vidéos et recevoir des retours sur leurs exercices et leurs partitions.
❓Quel est ton parcours ? Comment en es-tu arrivée au product management ?
J’étais passionnée de mathématiques et de sciences. J’ai fait une école d’ingénieur et découvert l’algorithmique, ce qui a été une révélation.
J’ai donc choisi une spécialisation en informatique et gestion.
J’ai commencé comme développeuse, notamment sur des projets en C# / WPF.
Rapidement, j’ai compris que ce qui me passionnait, c’était d’être le lien entre la technique et les besoins utilisateurs.
Je me suis auto-formée, j’ai participé à des meetups, notamment UX, et j’ai évolué vers des postes de Product Owner puis Product Manager.
❓As-tu une approche ou une méthodologie de prédilection en product management ?
Oui, je parle souvent de design thinking. C’est une manière d’aborder un sujet en comprenant le contexte, en générant des idées (idéation) puis en les testant.
J’utilise aussi le modèle du double diamant :
- Le premier diamant, c’est la phase de discovery : on part d’un sujet flou pour arriver à une problématique claire.
- Le second diamant consiste à explorer les solutions pour définir précisément ce qu’on va développer.
❓Que pensent tu d'outils plus récent comme Figma et Google Stitch ?
C'est génial, j'adore jouer avec ça.
Et ça ce qui est intéressant ça permet aussi de sortir des habitudes et des carcans de tes IHM que t'as l'habitude d'avoir.
Parce que si t'as réussi à bien mettre ton design système à l'intérieur, ton contexte, tes skills qui vont bien, en fait ça te fait des propositions incroyables. Moi j'adore.
❓Y a-t-il des sujets que tu préfères éviter ?
Ça m'arrive parfois de noter des talks pour des CFP et j'avoue quand je vois le mot Kubernetes, j'ai un peu peur donc j'avoue tous la partie Ops c'est pas ma tasse de thé.
Après. Vraiment ça me rappelle des vieux souvenirs, mais le cycle en V je préfère ne pas m'en approcher.
🎤 Tes talks à Touraine Tech
❓Tu avais deux talks cette année. De quoi parlait le premier ?
Le premier portait sur la manière d’aider les enfants à grandir dans le numérique et surtout de les protéger.
Nous avons travaillé sur un projet destiné aux CM1-CM2 pour leur apprendre les compétences numériques essentielles.
Le sujet est né en 2021, dans un contexte de forte augmentation du cyberharcèlement et de cas très médiatisés.
Avec Pix, nous avons contribué à créer un outil pédagogique pour apprendre les bons gestes numériques.
Le talk était un retour d’expérience sur ce projet.
❓Et ton second talk ?
Il portait sur le design de persuasion et l’utilisation des biais cognitifs dans les interfaces.
Je voulais approfondir ce sujet depuis longtemps. Préparer un talk m’a permis de creuser vraiment la question.
On observe que certains sites, parfois au design un peu daté, utilisent des mécanismes très puissants : urgence, rareté, preuve sociale…
❓ Ces mécanismes sont-ils toujours éthiques ?
C’est toute la question. Les biais cognitifs peuvent servir à encourager de bons comportements… ou à manipuler.
Il faut trouver un équilibre. L’utilisateur n’est pas naïf : s’il vit une expérience négative, il ne reviendra pas.
🎙 Interview de Julien Wittouck

❓Bonjour Julien. Peux-tu te présenter ? Quel est ton parcours ?
Je vais commencer par ce que je fais actuellement, ce sera plus simple.
Je suis freelance, principalement en architecture logicielle, orienté back-end Java, avec une forte composante cloud et DevOps.
Je travaille en région lilloise, surtout avec des entreprises locales comme Auchan, Leroy Merlin ou Decathlon.
En ce moment, je suis chez Electro Dépôt où je participe à la refonte d’un ancien système de caisse développé en AS/400 vers une stack moderne : Java, Angular, hébergement Azure. C’est un projet conséquent.
En parallèle, je suis associé dans une ESN d’une vingtaine de personnes. J’y occupe un rôle de direction technique : formation, recrutement, accompagnement des équipes.
Je suis également impliqué dans l’organisation d’une conférence technique (nous préparons actuellement la 7ᵉ édition prévue en octobre).
Enfin, j’enseigne à l’Université de Lille depuis une douzaine d’années, principalement Java et Spring Boot en Master 2, avec des approches modernes comme l’architecture hexagonale.
❓ As-tu une technologie de prédilection ?
Oui, clairement Java et Spring Boot.
❓ Et à l’inverse, une technologie que tu préfères éviter ?
Le front-end.
Je sais lire du code front, mais je n’ai pas envie d’en produire. Ce n’est pas ce qui m’intéresse, et il y a des spécialistes qui font ça bien mieux que moi.
🎮 Le talk : Factorio et l’architecture logicielle
❓Ton talk portait sur Factorio. Pourquoi ce sujet ?
Je joue à Factorio depuis très longtemps, avant même sa sortie officielle sur Steam. Ça doit faire une dizaine d’années.
Très vite, j’ai été absorbé par le jeu. Et plus j’y jouais, plus je me disais : ce que je fais dans le jeu ressemble énormément à mon métier.
Quand tu réorganises ton usine, tu refactores.
Quand tu structures tes lignes de production, tu fais de l’architecture.
Quand tu optimises les flux, tu fais de la performance.
Avec le temps, j’ai commencé à faire de plus en plus de parallèles. Par exemple, en travaillant sur le cloud et la scalabilité horizontale ou verticale, je me suis rendu compte que ces concepts existaient aussi dans le jeu.
Au fil des années, j’ai accumulé suffisamment d’analogies pour construire un talk cohérent autour de ça.
❓Quelle était ton ambition avec ce format ?
L’idée était de faire un talk intégralement dans le jeu.
Plutôt que d’utiliser des slides classiques et des schémas, je voulais montrer les concepts directement en situation : scalabilité, organisation, modularité, refactoring…
La scalabilité, par exemple, est parfois difficile à illustrer sur un slide. Dans le jeu, on la voit immédiatement.
❓Jouer sur scène, c’est quand même atypique. Tu improvises ?
Pas vraiment.
Tout est préparé à l’avance.
La carte que j’utilise contient des zones déjà construites, un peu comme des slides intégrés dans le jeu. Je ne pars pas de zéro et je n’improvise quasiment pas.
J’utilise simplement le jeu comme support de présentation.
C’est le format qui est original, mais le fond reste structuré.