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Palantir : qui tire les ficelles de l'œil de la Silicon Valley ?

Née au lendemain du 11 Septembre, Palantir s'est imposée comme l'entreprise la plus opaque au monde. Derrière ses algorithmes de surveillance de masse se cachent une genèse fascinante et un trio inédit : un puissant milliardaire libertarien, un philosophe excentrique et les fonds secrets de la CIA !

Qui se cache derrière l'entreprise Palantir ?

Derrière les algorithmes opaques et les contrats classifiés de la défense américaine se cache une genèse fascinante. Fondée en 2003, dans le contexte du renforcement sans précédent des politiques de sécurité américaines après les attentats du 11 septembre, Palantir – dont le nom fait référence aux pierres de vision omniscientes du Seigneur des Anneaux – n'est pas une start-up comme les autres.

Son ADN est le résultat d'un mélange singulier : la puissance financière de la « PayPal Mafia », une vision libertarienne de la technologie, l'influence de la philosophie allemande et le soutien précoce d'In-Q-Tel, le fonds de capital-risque créé par la CIA. Voici les figures et les institutions qui ont façonné l'entreprise.

Peter Thiel : L'architecte idéologique et financier

Si Palantir existe, c'est grâce aux capitaux et au réseau de Peter Thiel. Milliardaire, cofondateur de PayPal et premier investisseur extérieur de Facebook, Thiel est l'une des figures les plus influentes – et les plus controversées – de la Silicon Valley.

Peter Thiel, le financier. Source : Radio France

Libertarien convaincu, il défend l'idée que la technologie peut résoudre des problèmes que les institutions publiques peinent à traiter. Son intuition fondatrice est simple : adapter les technologies antifraude développées chez PayPal afin d'aider les services de renseignement américains à détecter des réseaux criminels et terroristes à partir de vastes volumes de données.

Aujourd'hui encore président du conseil d'administration de Palantir, Thiel est également connu pour son engagement politique. Soutien financier majeur de Donald Trump en 2016 et mentor politique de J.D. Vance, il contribue à associer Palantir à une vision assumée de la puissance technologique américaine.

Alex Karp : le philosophe excentrique aux commandes

Pour diriger cette entreprise très technique, Thiel a choisi un profil totalement à contre-emploi : Alex Karp, un de ses anciens camarades de classe à la faculté de droit de Stanford.

Alex Karp, l'atypique PDG. Source : Times

Contrairement à la plupart des dirigeants de la Silicon Valley, Karp n'est pas ingénieur. Il est docteur en philosophie, formé en Allemagne sous la direction de Jürgen Habermas, figure majeure de la théorie critique. Se définissant lui-même comme « socialiste », adepte du tai-chi et des longues courses à ski de fond, il détonne dans l'univers de la défense et du renseignement.

Pourtant, sous cette apparence d'intellectuel atypique, Karp défend une ligne sans ambiguïté. Il estime que les entreprises technologiques doivent choisir leur camp et mettre leurs innovations au service des démocraties occidentales. Très critique envers une partie de la Silicon Valley, qu'il accuse de s'être éloignée des enjeux de sécurité nationale au profit de débats culturels qu'il qualifie parfois de « woke », il a fait transférer le siège de Palantir de Palo Alto à Denver. Un choix hautement symbolique, destiné à rapprocher l'entreprise des institutions militaires et gouvernementales qu'elle considère comme ses partenaires naturels.

La CIA (via In-Q-Tel) : le parrain de l'ombre

Impossible de comprendre l'ascension de Palantir sans s'intéresser à son premier allié de poids : l'État américain.

À ses débuts, l'entreprise peine à convaincre les investisseurs traditionnels de la Silicon Valley. Son projet – appliquer aux services de renseignement les technologies de détection de fraude développées chez PayPal – apparaît alors aussi ambitieux qu'atypique.

Le tournant intervient en 2005 lorsque In-Q-Tel, le fonds de capital-risque créé par la CIA pour identifier et financer des technologies stratégiques, investit environ 2 millions de dollars dans la jeune entreprise. Cet investissement dépasse largement la seule dimension financière. Il offre à Palantir une crédibilité institutionnelle rare, l'accès à ses premiers projets avec les agences de renseignement américaines et une vitrine exceptionnelle auprès de l'ensemble de la communauté du renseignement et de la défense.

Ce soutien ouvre la voie à une succession de contrats avec la CIA, le FBI, le département de la Défense puis d'autres agences fédérales. Il permet également à Palantir de développer ses logiciels en étroite collaboration avec les analystes de terrain, en les confrontant très tôt à des cas d'usage réels.

Si Peter Thiel a fourni la vision et les premiers capitaux privés, c'est bien l'appui d'In-Q-Tel qui a donné à Palantir sa première légitimité institutionnelle et accéléré son entrée au cœur de l'appareil sécuritaire américain.

Les ingénieurs de l'ombre : Cohen, Lonsdale et Gettings

Si Thiel a apporté la vision et Karp la direction stratégique, trois autres cofondateurs ont construit les fondations technologiques de Palantir.

Nathan Gettings, ancien ingénieur de PayPal, participe à la conception de la première architecture logicielle de la plateforme.

Stephen Cohen, brillant informaticien recruté à Stanford, joue un rôle déterminant dans le développement des premiers produits et dans la conception de l'interface qui rend l'analyse de données complexe accessible aux analystes métier.

Joe Lonsdale, proche collaborateur de Peter Thiel, contribue au lancement opérationnel de l'entreprise avant de poursuivre sa carrière d'entrepreneur et d'investisseur avec notamment le fonds 8VC.

Un paradoxe fondateur

L'histoire de Palantir repose sur un paradoxe rarement égalé dans la Silicon Valley : des entrepreneurs libertariens, souvent critiques de l'intervention de l'État, ont bâti l'une des plateformes d'analyse de données les plus puissantes au service des agences de renseignement, des armées et des gouvernements occidentaux. Dirigée par un philosophe atypique et propulsée dès ses débuts par le soutien d'In-Q-Tel, Palantir illustre la convergence inédite entre capital-risque, pouvoir politique, technologies de pointe et sécurité nationale.

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