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Comment le métier de créatif se réinvente avec l'IA : analyse de deux experts à Devoxx France

Une interview vidéo exclusive à ne pas manquer : découvrez comment l'IA générative transforme les métiers des créatifs. À Devoxx France, Nicolas Martignole et Stéphane Itschner partagent leur vision du futur de la création et la refonte des processus de production digitale.

INTERVIEW VIDÉO : Nicolas Martignole et Stéphane Itschner, co-fondateur et Directeur Artistique de Devoxx France

Le débat autour de l’Intelligence Artificielle Générative se focalise trop souvent sur une question binaire : l’IA va-t-elle remplacer les humains ? Pour les professionnels de l'image, de la direction artistique et de la réalisation, le sujet est ailleurs. Il s'agit d'une refonte totale de la chaîne de production : de l'intention créative au montage final, l'IA redéfinit le rôle du créateur en le propulsant de technicien à véritable metteur en scène, avec tout de même beaucoup d'anticipation sur les différentes strates et outils qui permettront d'aboutir seul ou en équipe réduite, au résultat final.

Lors de la dernière édition de Devoxx France 2026, nous avons eu la chance de tendre le micro à deux acteurs clés du salon : Nicolas Martignole, co-fondateur de Devoxx France, et Stéphane Itschner, Directeur Artistique et infographiste chez Alt Code, l’esprit créatif derrière l’univers visuel de l'événement.

Comment gère-t-on les briefs, les storyboards, le calage et l'injection d'émotions à l'ère des algorithmes?

Installez-vous confortablement et lancez la vidéo ci-dessous pour plonger dans les coulisses de la production visuelle de l'événement et découvrir ce retour d'expérience terrain sans filtre :

Nicolas Martignole, co-organisateur de Devoxx France et Stéphane Itschner, Directeur Artistique de Devoxx France

1. Briser les barrières techniques pour libérer l’intention créative

Historiquement, le parcours d’un réalisateur ou d'un graphiste est jalonné de frustrations techniques. Maîtriser un concept ou une direction artistique est une chose ; posséder la technicité ultra-spécifique pour la matérialiser (dessin, modélisation complexes, animation) en est une autre. Jusqu’ici, donner vie à une ambition visuelle forte exigeait souvent de faire appel à des tiers ou des spécialistes pour chaque brique du projet.

L’arrivée des outils d’IA générative change radicalement la donne pour les créatifs en agissant comme un accélérateur direct entre l'intention et l'exécution. Elle permet de s'affranchir de ces limites. Comme le souligne Stéphane Itschner :

« Avec le panel d'outils qui nous est proposé, je peux tout faire ».

L’outil ne remplace pas l'imagination, il lui offre une liberté et une rapidité d'exécution inédites pour un résultat dont la qualité ne cesse de progresser. La valeur ajoutée se déplace : elle ne réside plus dans la capacité manuelle à exécuter le dessin, mais dans la pertinence de la vision globale.

2. Court-circuiter les process de production et de validation

Le modèle classique de la création visuelle et de la vidéo repose traditionnellement sur des flux de travail séquentiels, lourds et segmentés. On y retrouve des phases laborieuses de briefs, d'allers-retours incessants avec le client, et des équipes éclatées où plusieurs personnes s'occupent du storyboard pendant qu'une autre gère la réalisation.

C'est précisément cette lourdeur administrative et opérationnelle que l’IA générative vient court-circuiter.

« Tout ce qui était laborieux, à savoir brief, interaction, AR avec le client (...) tout ça c'est shorté. Du coup, on voit tout de suite, on peut produire un premier set, adapter, rebondir dessus. » – Stéphane Itschner.

Cette agilité redéfinit complètement le modèle des agences de communication. À l'échelle de Devoxx France, cette réactivité a permis de donner naissance à 6 détournements de publicités (Paco Rabanne - Orangina ...) projetées tout au long des 3 jours du salon pour poser l'ambiance.

"Selon Stéphane, dans un cadre de production traditionnel, concevoir, valider et tourner six spots distincts dans un tel laps de temps aurait été un cauchemar logistique et financier, voire totalement impossible. L'IA fait passer la réalisation d'un mode "industriel et rigide" à un mode "itératif et fluide"."

3. L'humain comme chef d'orchestre : l'art du calage, du montage et de l'émotion

Si l'IA excelle pour "générer" une séquence ou une image fixe, elle s'arrête là où commence le sens et la direction artistique. Générer de la matière ne signifie pas livrer un film.

Derrière la puissance de l'outil se cache une partie technique immense que l'on ne soupçonne pas forcément au premier abord. Le rôle du créateur est alors de piloter les différentes strates de production:

  • L’assemblage et le montage : Un travail titanesque et chronophage pour lier les séquences entre elles et structurer le rythme.
  • Le calage technique : Veiller à la cohérence visuelle pour que l'ensemble rende bien et serve l'ambiance globale.
  • La direction de l'intention et de l'émotion : Ajuster la vitesse, le mouvement d'un personnage (comme le rythme de déplacement d'un robot) et doser les éléments (« plus de ceci, moins de cela »).

Le créatif moderne se positionne désormais comme un metteur en scène. Il guide l'IA, assemble les briques technologiques et insuffle l'étincelle émotionnelle que l'algorithme est incapable de générer seul. Même si le rendu technique n'est pas parfait dans les moindres détails, la force du concept et de l'ambiance fait parfaitement le job.

Conclusion : Vers une hybridation des compétences

L’avenir de la création visuelle et de la réalisation n’appartient pas aux algorithmes seuls, mais aux profils hybrides capables de les dompter sans jamais sacrifier leur exigence artistique. L'évolution logicielle est si rapide que ce qui échouait il y a deux semaines fonctionne aujourd'hui. Il faut donc apprendre à composer avec ces outils en mouvement perpétuel pour perdurer.

Ou, à l'inverse, prendre le contre-pied total de cette course technologique pour revenir aux origines de la création brute. C’est un signal fort que renvoie d'ailleurs le géant Disney, dont la nouvelle direction souhaite opérer un retour aux créations dessinées à l'ancienne, valorisant le fait main face au tout-numérique. Cette quête d'authenticité et d'artisanat se calque sur des succès publicitaires marquants comme le film d'Intermarché "Le Mal Aimé", qui résonne encore dans les esprits par sa poésie et sa sincérité visuelle.

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Qu'elle soit boostée par les algorithmes ou sublimée par le coup de crayon traditionnel, la création reste avant tout une affaire d'émotion et de narration humaine. Une mutation profonde des processus de production qui dépasse largement le monde du design et transforme notre manière de concevoir l'innovation au quotidien. Une fois de plus, Devoxx France s'est imposé comme le laboratoire idéal pour observer et anticiper ces transformations majeures.

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